20 février 2019

Destin ou fatalité.

Parfois, la vie vous entraîne dans des tourbillons.
Certaines fois, ce sont des tourbillons de choses positives, où tout vous réussit.
Et parfois c'est le contraire.

Il y a une semaine de cela maintenant, alors que j'étais "en intercontrat" depuis 3 jours, je me suis fait une entorse de la cheville, le soir au sport. Du genre bien vénère.
Est-ce le destin ? Ai-je fait exprès de retomber sur le pied d'un mec qui s'est dit qu'il serait plus marrant de sauter en longueur plutôt qu'en hauteur ?
Je me souviens de la scène. Mon saut. Puis je suis redescendu. Puis mon pied s'est tordu. J'ai ressenti un crac, puis j'ai hurlé, hurlé en serrant ma cheville dans la main. Il n'y a pas de "bons moments" pour avoir une entorse, mais il y en a où c'est vraiment pas facile à gérer, par exemple lorsque le nouveau né a encore régulièrement besoin d'être pris dans les bras, que ce soit pour être bercé ou pour d'autres choses. C'est tout ça qui résonnait déjà dans ma tête, les prochains jours.
J'ai rampé jusque sur le côté. Que faire ? Retirer la chaussure ? La laisser ? Chaussure pourtant montante qui n'était peut-être pas suffisamment bien serrée. Cette question me taraudera tout le reste de ma vie, est ce que si je l'avais mieux serrée...
Un coéquipier a été me chercher un sac de frites surgelés, que j'ai placé sur ma cheville commençant à gonfler.

Les prochaines heures ont commencées à se dessiner dans ma tête. Comment l'annoncer à ma copine, déjà en arrêt de travail pour cause de grande fatigue, je savais que ça signifiait la laisser tout gérer tout seul avec un handicapé sur le dos en plus les prochains jours. La question "est ce que mon entorse serait grave" étant le point central de ma réflexion. Je commençais déjà à me chercher des excuses : oui, ça m'est arrivé au sport, mais la dernière fois que cela m'est arrivé c'était il y a 13 ans, ça aurait pu m'arriver en glissant ou en ayant un accident de moto... A ce propos, comment allais-je rentrer chez moi ? En moto ou en voiture ?
Les urgences by night... Tout un bonheur. Assez pour me démoraliser et rentrer chez moi, où madame m'attendait, au courant de la chose, après un énième réveil de bébé. Je suis retourné aux urgences le lendemain, me disant que de toute façon mes jours n'étant pas comptés, je pouvais attendre quelques heures, et ne pas tomber sur un novice qui me balancerait un plâtre à cause d'un simple hématome.
Je connais la procédure... Radio pour voir s'il y a arrachement osseux ou pas. La dernière fois que ça s'est passé, je marchais le lendemain, sans béquille, uniquement avec une aircast. Peut-être que ça serait pareil.
Sauf que le réveil a été violent... Les quelques mètres me séparant des WC effectués en boitant, j'ai failli tomber dans les pommes tellement la douleur était violente... Sans béquilles je ne pourrais pas aller aux urgences...
Et puis le diagnostic est tombé, tel un couperet :
"Vous avez une fracture du péroné. Je vais vous plâtrer pendant deux semaines".
Fracture. Péroné. Plâtre. Fin de saison sportive pour moi, peut-être même définitive, lorsqu'on sait que la plupart des sportifs finissent toujours par abandonner la reprise suite à une blessure qui les éloignent trop de leur bonne condition physique d'antan.

Et puis l'annonce, à ma copine dans un premier temps. Puis à mes coéquipiers, tous choqués par la violence de ces simples mots : "fracture du péroné". Ils ont perdus le match de ce week-end, qui aurait pu pourtant pu nous rapprocher du maintien potentiel cette année. Est ce que si j'avais été là ils l'auraient gagnés ?
"Je vais vous plâtrer avec de la résine monsieur".
Oui, très bien, faites. Je ne sais plus. Je suis absent, loin, je ne suis pas là. Je refuse la réalité, ce n'est pas en train de se passer, et pourtant...
"Voilà une ordonnance pour vous faire piquer une fois par jour pour éviter la flébite".
Ah oui, bien évidemment... Il me manquait la piqure quotidienne...

Les béquilles sont à la fois devenues mes pires ennemies, mais aussi mes meilleures amies. Il m'a fallu les dompter, pour comprendre comment bien les utiliser. Mais je me traîne malgré tout pour aller d'un point A à un point B. Je contemple ma copine, galérer à gérer bébé, seule, sans pouvoir l'aider autrement que par mes mots.
4 jours durant nous les avons passés avec lui, soit parce que l'assmat était malade
soit parce qu'il avait un vaccin.
4 jours durant, il s'est endormi après de violentes crises de pleurs, nous rendant totalement dingues. On en pouvait plus. Alors c'est ça être parent ? Devenir fou face aux pleurs de son gamin qui refuse (comme moi) de dormir ? 
La spirale négative n'arrivant jamais seule, notre lave-linge nous a lâché, en pleine gastro de bébé. Un bonheur. On a ensuite cru que la machine à café et le magimix fuyaient, mais par chance, ce n'était que de fausses impressions.

Une semaine maintenant que je me traîne. Une fois par jour, je sors, fais un rapide tour de quartier histoire de prendre un peu l'air. J'avance mes romans. Redoutant le retour au travail, lorsqu'il faudra y retourner, et que comme cette nuit où bébé aura peu dormi, je n'afficherai guère plus que 2 à 3h de sommeil au compteur, car le cododo fonctionne, mais bébé bouge beaucoup (trop). L'arrêt de travail de madame a été prolongé d'une semaine, et le travail avec sa psy est positif, ce qui est toujours ça de pris. Mais mon quotidien est long à vivre...

J'attends désespérément le retour positif d'une maison d'édition, tout en me préparant activement à une autopublication prochaine, le cas échéant. Lorsque je vois que certaines ME me disent "on a bien reçu votre manuscrit", que j'ai envoyé il y a 3 mois maintenant... j'ai juste envie de dire "Hey, ça fait 3 mois que je vous l'ai envoyé maintenant... Il serait temps que vous l'ayez reçu merde ! ".
L'autopublication n'est pas "réservé" aux losers dont les ME n'ont pas voulu, je dois me répéter ça coûte que coûte, je dois me convaincre que c'est vrai. 50 nuances de grey en est le parfait exemple. Et puis l'auteur de Milenium ou de Harry POtter ont eux aussi écumés les refus avant d'être signés, mais en ces moments où le doute est plus que jamais présent en moi...
Les temps sont durs.

Sur ces belles paroles, j'ai un roman à finir.

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05 février 2019

Triste fête.

Tchin !
Les bouteilles de l'excellente bière Goudale résonnent. Trinquer sans soutenir le regard est synonyme de 7 ans de mauvais sexe. Déjà que maintenant il y a un bébé si en plus le sexe devient mauvais... ça réduit d'autant plus les probabilités qu'il ait un petit frère ou une petite soeur...

Elle me sourit, et je lui souris en retour.
Bébé joue, devant nous, cherchant gamelle après gamelle son équilibre pour tenir debout sans l'aide d'un canapé ou d'un meuble.
Sauf que... Nous sommes mardi, et que la bière traditionnelle est prise le samedi soir, devant Salut les Terriens.

Elle boit une gorgée.
Amère gorgée. Pour elle, c'est le début d'une quinzaine de jours de repos un peu forcés, 11 mois de petites nuits parsemées quasiment avec une parfaite régularité de réveils nocturnes ayant fini par trop lui taper sur le système, la preuve en est les 2 anxiolytiques qu'elle prend quotidiennement depuis 4 jours.
Comment guérir la source d'un mal, lorsque le mal est le bébé qui peine à faire une nuit complète ? A moins que ce mal n'en cache un autre, un retour compliqué dans le monde du travail après une longue grossesse. Chaque déplacement sur un ou deux jours devient un trésor d'organisation, et vu que la plupart sont prévus à l'arrache... ça n'arrange rien.
Mais elle va pouvoir souffler, s'occuper d'elle, recommencer à s'ennuyer devant Netflix en attendant, le cœur battant et angoissé d'avoir retrouvé assez de force pour reprendre son boulot.

Je lui souris et bois à mon tour.
Lorsque quelques heures plus tôt, le N+2 est venu me dire "tu peux venir nous voir stp ? " j'étais persuadé qu'il s'agissait d'un bug qu'il allait m'expliquer afin que je le corrige. Et puis le N+1 à l’affût a refermé la porte. J'étais pris au piège. Comme un rat.
"On aimerait faire un point sur ta prestation."
Pas la peine d'en dire plus, j'avais déjà la fin en tête.
Et durant toutes leurs explications j'étais ailleurs, à demain, après demain, à ce soir, tentant d'éviter de vivre ce moment que je m'étais si souvent imaginé, ce moment me rappelant tellement de mauvais souvenirs du passé, synonyme de tache d'encre dans mon parcours et de non augmentation les 2 prochaines années, cet instant où : "nous allons mettre fin à la mission. C'est mieux pour nous, et c'est sans doute mieux pour toi".
Mais il faut que je me rassure : "Ce n'est pas personnel, et ce n'est pas de gaieté de cœur qu'on le fait". Me voilà rassuré, je pourrais expliquer à ma hiérarchie qu'ils étaient tristes de me mettre dehors, que je suis donc incompétent mais sympathique, car selon eux en 1 mois, ils avaient déjà une vision suffisamment négative de ma prestation pour être sûr que dans 2 mois je ne ferai pas l'affaire. Lorsque la parole est venue à la défense, sachant que je le procès était déjà perdu, j'ai quand même rajouté : "vous savez que vous faites un sacré pari quand même... Vous me parlez de temps que vous ne voulez pas perdre dans le futur, tout en sachant que vous êtes prêts à en perdre les prochains mois, le temps de retrouver un candidat de ma trempe, alors que si vous m'aviez peut-être laissé un mois de plus j'aurais pu vous convaincre, et vous montrer que je peux les doigts dans le nez être easy face à plusieurs millions de lignes de code ? ".
Oui on le sait.
La phrase résonne dans ma tête. Pas celle qui est dictée, mais celle qui ne l'est pas, à savoir : "on préfère perdre un mois peut-être deux ou trois à attendre un meilleur que toi plutôt que de continuer avec toi".
Nous sommes tous les 3 les bras croisés, debout, contre le tableau. Le N+2 évite mon regard, plein d'amertume, d'incompréhension et de colère, alors que le N+1 me le soutient effrontément.

J'avale une gorgée. Bébé, le chipeur de télécommandes, a de nouveau changé de chaîne, et nous voilà sur les reines du shopping maintenant... Et il fait bravo, fier de sa bêtise. Je craque.
Je craque devant tant de mignonnerie, tout en essayant de ne pas craquer, en parcourant ce long couloir qui me ramène à mon bureau. Je suis trop abasourdi par la news pour pleurer.
J'ai le choix d'annoncer aux collègues la décision, même si les chefs, eux l'annonceront une fois qu'une date de départ sera convenue. Je préfère m'abstenir. Pas ce soir, pas maintenant. Peut-être demain, lorsque j'aurai digéré le coup.
Je crois que c'est ça le pire, l'après annonce. Un peu comme de partager un appartement en coloc avec une ex qui vous a trompé, il me faudra continuer à plaisanter avec les collègues sans leur annoncer que, dixit les chefs je suis un loser. Continuer à "bosser", pas assez vite, histoire de partir en bons termes. Mais comment rester motivé dans ces conditions ? Sans savoir en plus quand sera fixé le départ ?
Je suppose que ma SSII le voudra le plus tard possible, histoire de s'organiser pour une éventuelle suite, alors que le client le voudra le plus tôt possible.

Je réfléchis, sur mon scooter.
J'alterne les insultes que je me fais, me traitant de tous les noms incluant incapable, imposteur, trouduc tout en essayant de relativiser. Je repense à ce long séjour à NY il y a 8 ans de ça, où j'avais confié à un collègue, qui m'avait texto demandé : que feras tu le jour où les gens découvriront que tu es un imposteur ?
Il avait payé son sandwich au cheeddar, et en remontant la 5ème avenue, je lui avais répondu sans hésiter : "j'irai me jeter sous un camion, et on en parlera plus".
Je roule vite ce soir. plus vite que d'habitude, comme pour remonter le temps, revenir avant cette mission, revenir au mois de décembre, lorsque je me faisais chier comme un rat mort dans mon précédent taf. Je me dis que peut-être que le camion ce sera pour ce soir, peut-être celui-ci devant lequel je me rabats bien trop vite, ou celui-là, qui déboîte sans clignoter.
J'oubliais, je n'ai plus le droit de penser à ça, je suis papa maintenant, c'est interdit d'avoir ce genre d'idées. A défaut de vivre pour moi, je dois survivre pour lui, une chance que jusqu'à présent, je sois un excellent pilote. J'arrive sain et sauf.

J'essaie de me dire que... C'est un mal pour un bien. Encore à midi je disais à mon précédent chef : "je ne supporte pas mes 2 chefs... qui répondent à leurs mails 2 minutes après avoir accusé réception d'un message d'absence donc lorsqu'ils sont sensés être au repos, ou qui te parlent boulot dès le matin, alors même qu'ils ont encore leur manteau sur les épaules et qu'ils n'ont pas fini de saluer tout le monde. Je ne sais pas si je vais pouvoir supporter ça longtemps".
Mais dans cette incertitude, c'était moi qui partait, pas eux qui me demandaient de partir. Et ça, ça change tout...

La bière est déjà vide. Et bébé ne semble pas motivé à s'endormir, une fois de plus. Peut-être qu'un bib l'aidera.
Cette mission était proche de chez moi, mais où et quelle sera la prochaine qu'on me proposera ? Si croupir dans un bureau pour faire acte de présence (ce qu'on appelle communément "de l'intercontrat") ne me dérange pas (ça me permettra d'avancer l'écriture de mes livres), être bazardé à l'autre bout de l'IDF sous prétexte que je me suis fait remercier de cette mission (et que donc faut pas non plus que je sois trop difficile) me dérange un peu plus. Démissionner ? ... A voir.

"Et si jamais tu te fais licencier on pourra peut-être envisager du coup de partir en province", me propose-t-elle. "Bon, j'espère pas que tu vas te faire licencier hein", me rassure-t-elle en riant.
Ah ah. Je lance Vikings, l'avant dernier épisode, de la dernière saison qu'elle m'a proposé de regarder ce soir, avant d'entendre ses ronflements 5 minutes après le début.
Dors mon cœur, repose toi, rattrape toutes tes heures de sommeil en retard, pendant que ton chéri est en train de cogiter et d'écrire pour ne pas se défenestrer, et accessoirement de mater cet avant-dernier épisode tout seul.

Posté par 36ansbientot40 à 22:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]