Oui, on parle de Baby Blues, mais on parle pas de "FirstBookBlues".

"mais de quoi ça s'agit me dirigez vous ? "
Il s'agit de l'état de blues qui suit la naissance de votre premier livre, ou de votre première saga.

En fait, un livre, c'est plusieurs mois d'attente, de douleur, d'écriture, de réécritures, de joies, de peines, et puis il est là. On le tient dans ses mains. On peut sentir son odeur, le palper, se la péter avec sur Facebook.
Et puis, ce livre, il faut le vendre.
ça nécessite des montagnes d'énergie, parce que 9 fois sur 10, son éditeur ne fait pas grand chose, parce que c'est cher tu comprends. Tu n'es qu'un parmi d'autres poulains, et à peine ton livre est il sorti qu'il doit publier d'autres auteurs qui attendent, comme toi hier, que leurs livres paraissent.

Alors tu remues ciel et terre, pour que les gens s'intéressent à toi, à ton livre, à ton histoire hors du commun que pour des histoires de budget il a fallu couper en 2, sans quoi le lecteur lambda n'aurait pas mis autant d'euros dans le livre d'un inconnu.
Tu contactes la FNAC pour leur dire que le référencement n'est pas bon, ce à quoi ils te répondent "pour les problèmes de référencement, veuillez nous contacter par voie postale".
On est en 2017, et notre FNAC, qui est un peu "l'amazon" Français, fait palir de honte.
Amazon, lui est une machine tellement il fonctionne bien. En 3 clics, la page d'auteur est créé, et il est facile de voir le classement des ventes sur un beau graphique. Le problème d'Amazon, c'est que pour faire des économies drastiques de stockage, ils impriment eux même les exemplaires de ton livre, et que du coup, la qualité s'en ressent.
Et puis derrière, il y a le distributeur, à la pointe de la technologie lui aussi. Lorsque tu réussis à convaincre un libraire de t'accueillir pour faire une dédicace, et qu'il commande les livres de la dédicace, accroche toi bien il faut leur faire un fax.
On est en 2017, et le distributeur, celui chez de chez qui ton bouquin part, MARCHE ENCORE AU FAX.

Tu le sens le patron totalement fermé à toutes les "nouvelles technologies", qui confond lorsqu'il te donne son adresse mail te dit "jean.ledru arababesque wanadoo.fr" ?
En 2017, il n'a toujours pas retenu que @ se prononçait arobase, et il est encore chez wanadoo. Pour un peu, on entendrait le modem 56K faire son bruit de connexion.

Voilà, toute ton énergie des 2 premiers mois voire des 2 premières semaines passe là dedans.

Tu dois faire face aux réseaux sociaux que tu détestes tant (enfin que je n'apprécie guère pour ma part, tellement c'est du nombrilisme...). Les chroniqueuses ont en moyenne 18 ans, et pour la plupart sont juste "chroniqueuses, lorsqu'elles ne se plaignent pas du mal de vie quotidiennes qu'elles subissent parce qu'elles sont incomprises".
Et surtout, elles ne te "followback" par, parce que tu n'es qu'un petit twittos qui a même pas 1K de followers. Alors tu comprends, ça fait tâche.

Et à côté de ça, tu as quelques chroniques, qui pointent le bout du nez de temps en temps.
Lorsqu'elles sont bonnes, la vie est belle.
D'une manière générale, sur mon premier tome les retours ont "dans l'ensemble" été bons. Bien sûr, il y a eu une ou deux réflexions un peu bof, mais ça fait partie de la vie.

Et puis le tome 2 est sorti.
L'effet surprise n'était plus là. Les fans du 1 se sont rués dessus, mais les déçus du 1 se sont gentiment désinscrits de mes publications Facebook, où peut-être je spammais un peu trop.
"Ouais, c'est un peu répétitif, j'arrive pas vraiment à rentrer dedans".
Et puis il y a la période, suite à des soucis de correcteurs, et d'impressions mon livre a pris 15 jours de retard. La vie s'est déjà arrêté avec bien trop de monde déjà parti à la plage. Les gens s'attendent déjà à la rentrée littéraire.
Un livre a une vie d'environ 3 mois dans une librairie (lorsque par chance il est vendu en librairie), avant d'être totalement oublié face à toutes les nouveautés.

Et puis il y a eu 2 retours sur mon tome 2, qui m'ont blessés.
Un surtout.
On m'a traité de "grossophobe".
On m'a dit "mais en fait, si tu aimes bien le caractère d'une nana mais qu'elle est grosse tu ne sortiras pas avec ? "
J'ai répondu que oui. Je me sentis mal d'admettre que oui, comme beaucoup de monde sur terre, j'avais des critères de préférence. Je me suis rappelé de toutes ces nanas sur adopteunmec qui ne lisaient même pas ma fiche parce que j'avais les cheveux longs, et de toutes ces nanas dont je ne lisais pas également la fiche, car elles étaient trop petites "selon mes critères".
Est ce qu'on peut me traiter de "petitophobe" ? Non.
Traite-t'on les gens de "chevelusphobe" ? Non.
Parce que c pas de ta faute si t'es petite, ou si t'as les cheveux longs (et que tu peux les couper). Alors que visiblement, grossophobe, le terme existe. Pas pour rien visiblement. Et pourtant, j'ai du mal à comprendre pourquoi les "petitophobe" ou "chevelusphobes" n'existent pas. Ou les "ballerinophobes", les gens qui détestent les ballerines (et celles qui en portent), voire les "conversophobes". La liste serait longue CMB s'il fallait citer tout ça, mais non, on m'a juste (une chance) reproché d'être "grossophobe", car j'ai trouvé qu'une femme était grosse.
Et moche. On ne m'a pas traité de "mochophobe" hein...

Je me suis tout pris de plein fouet, en pleine tête, et j'ai médité, en mode "mais putain je suis un gros connard... Je suis intolérant... Je suis sans coeur. Je mérite un procès ! ".
Oui, je me suis senti écoeuré, j'ai eu envie d'écrire à mon éditrice, et de dire "on retire ce paragraphe".
Et puis je me suis dit merde.
Tant pis. c'est comme ça. C'est la vie.
Au moins, j'aurais été franc. J'aurais dit ce que j'avais sur le cœur, même si c'est pas bien. Même s'il est interdit de dire que parfois, les gens se plaignent de ce qu'ils sont, parce qu'il est plus facile de se plaindre que d'essayer de changer (parce que tu comprends, les modèles de la société... tout ça). Pis il faut pas dire que c mauvais pour la santé, que ça augmente les risques d'AVC, d'hypertension, tout ça...
Oui on va dire que "on est pas tous égaux devant les gênes, certains c'est parce qu'ils ont un code génétique de merde... ". Moi j'ai des grains de beauté partout sur le corps, un grand nez, des lèvres pulpeuses, des risques d'avoir Alzheimer et du diabète. Et en plus c'est le bordel dans ma tête. Alors je m'en fous, je peux dire que oui, j'ai des préférences, et que les nanas grosses, c'est pas le genre de meuf que je préfère.

Voilà, je suis un connard parce que j'ai des critères physiques qui priment sur les critères "d'intelligence/de charisme/de charme, etc".
Vidé en plus de l'énergie de cette campagne de pub pour mon livre.
Je n'imagine pas ce que ça doit être que de vivre une campagne présidentielle. #aucunrapport #maisquandmême.

Donc ça plus le fait que j'ai un coup de down après la surénergie des premières semaines du tome 2, qui donne l'impression de pas être aussi bien reçu que le tome 1... Voilà.

Mais je m'en fous parce que demain, j'irais au concert des Guns.
Seul.
ça aussi, c'est un stress omniprésent qui me pèse, et qui sûrement n'arrange pas ma situation du moment...